General Collection
Trois panneaux d'un coffret : Histoire du fils prodigue (A, B, C) - ivoire profane
Artist
Unknown Artist
Category
General Collection
Museum
Musée du Louvre
Description
Les panneaux formaient à l'origine les longs côtés d'un coffret dédié à l'Histoire du fils prodigue (Luc, XV, 11-22). Sur la face avant (A), reconnaissable à la cavité creusée pour la serrure, l’on voit le jeune fils recevoir de son père sa part d’héritage dans une bourse puis partir « pour un pays lointain ». Ces scènes se déroulent dans une ambiance chevaleresque – le jeune homme part à cheval, faucon au poing, précédé de ses bagages et de deux serviteurs – qui n’exclut pas le pittoresque, avec la représentation du petit chien de chasse perché sur les bagages du jeune homme. La face arrière a été sciée en deux (B et C). On y voit quatre scènes. Sur les trois premières, le fils prodigue dilapide ses biens avec des femmes : il est assis à table entre deux courtisanes, puis il goûte les plaisirs de l’étuve avec l’une des deux courtisanes, tandis qu’une servante leur apporte à boire ; enfin, ruiné, le jeune homme à demi nu est chassé par une courtisane armée d’un battoir. La signification de l’épisode suivant est moins claire : le fils prodigue (?) est agenouillé devant un homme en costume de pèlerin : s’agit-il de l’homme qui, selon l’Evangile, lui donne ses pourceaux à garder ? ou du Christ en costume de pèlerine, selon E. Molinier, qui y voyait le moment du repentir du fils ? ou déjà de son père qui l’accueille et lui pardonne ? Les plaques du Louvre forment un ensemble singulier parmi les coffrets d’ivoire gothiques conservés, tant par leur datation précoce que par leur sujet tiré de l’Evangile. Elles offrent un témoignage sur la diversité des talents des ivoiriers parisiens du troisième quart du XIIIe siècle, période pour laquelle on connaît surtout des réalisations en ronde bosse (groupes de Vierge à l’Enfant). Les personnages, sculptés en fort relief, sont campés avec humour, le style est vif et le rythme de la narration varié. Ce coffret, ainsi que le coffret complet du Metropolitan Museum (Inv. 41.100.159a, b), offre un exemple rare de coffret d’ivoire illustrant une partie d’un seul texte : son attrait repose sur l’alliance paradoxale entre un répertoire profane, allant des loisirs chevaleresques aux épisodes de comédie, et la signification religieuse de la parabole, la dernière des trois qui, dans l’évangile de Luc, évoquent le repentir et la miséricorde. On peut se demander si le coffret suivait fidèlement l’Evangile et représentait sur les panneaux aujourd’hui manquants les épisodes de réconciliation avec ses deux fils ou si, comme celui du Metropolitan Museum, il privilégiait l’aspect moral de la parabole, mettant en garde contre la débauche et la prostitution, prostitution que saint Louis réprima sévèrement. Traces de polycrhomie (rouge vif, bleu) et restes d'incrustation de minuscules perles de verre dans les yeux des personnages et des animaux, les cercles de tête et les harnais des chevaux.