Decorative Arts
Diptyque : la Nativité ; le Christ Juge
Artist
Atelier du diptyque du Christ Juge
Category
Decorative Arts
Museum
Musée du Louvre
Description
Les deux plaques sont cernées d’une bordure plate, allégée d’une moulure à la partie supérieure. Les scènes sont placées sous un grand arc trilobé, simplement mouluré, retombant sur des consoles et au-dessus duquel sont installés des Anges musiciens, jouant de la viele (instrument à cordes frottées distinct de la vielle moderne) et du psaltérion pour le feuillet de la Nativité, soufflant dans de longues trompettes pour celui du Jugement dernier. La Nativité est associée à l’Annonce aux bergers, selon une composition dont on trouve ici l’un des premiers témoignages sur ivoire, mais qui deviendra fréquente dans la première moitié du XIVe siècle. La Vierge, allongée sur sa couche, se penche pour saisir la main de l’Enfant, à demi-nu dans la crèche et que veillent l’âne et le bœuf : la semi-nudité de l’Enfant (que l’on retrouve également dans le fragment de polyptyque OA 108) est une affirmation de l’incarnation du Christ. Saint Joseph, dont la longue barbe ondoyante dessine une double volute, est assis derrière le lit, appuyé sur un tau. A l’arrière-plan, sur une colline accidentée, les Anges se mêlent au groupe des bergers. La douceur du visage plein de la Vierge et la souplesse de ses drapés doivent être soulignées. Plus traditionnelle, la représentation du Jugement dernier (le Christ Juge) place les morts ressuscitant sous un second arc trilobé. Placé entre la Vierge et saint Jean agenouillés pour intercéder, le Christ Juge, le torse nu recouvert d’un manteau dont un pan passe sur l’épaule droite, montre ses plaies. Son large visage, très frontal, s’inscrit encore dans la tradition du XIIIe siècle. Les deux grandes figures d’anges portant les instruments de la Passion sont d’une beauté remarquable par leur rondeur, leur élégance suave et leurs visages pleins. Le diptyque du Christ Juge et les ivoires qui peuvent lui être associés, par les souples retombées de tissus fluides, les bordures serpentant en arabesques sur des drapés encore simples, les modelés doux et onctueux, presque gras, la rondeur des visages, s’inscrivent parfaitement dans le contexte artistique parisien des environs de 1300. Ces œuvres forment une étape décisive dans l’histoire de l’ivoirerie gothique, en raison de la plénitude de leurs formes, de la grâce des personnages qui les peuplent, en particulier des anges, de leur goût pour les silhouettes incurvées.